Blanding, la fausse sécurité qui affaiblit marques | Macadam
Disparaître un peu plus chaque jour avec le blanding
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Disparaître un peu plus chaque jour avec le blanding

Je viens tout juste de commencer à écouter Stranger Things. Un petit peu en retard le monsieur vous me direz. Au-delà de l’histoire et de ces personnages attachants, ce qui me frappe en tant que marketeur, ce sont les marques qui s’y glissent. Certaines sont encore dominantes en 2026. D’autres ont perdu de leur lustre. Ces marques partagent un point commun. Elles avaient une identité forte, reconnaissable, imparfaite parfois, mais profondément distinctive. On pense à Coca-Cola, Eggo, Cadillac, Chevrolet, 7-Eleven, Sharp et Pentax.

J’ai été frappé par l’extravagance des marques de l’époque par rapport à l’état des marques d’aujourd’hui. De plus en plus d’identités visuelles se ressemblent, les logos s’aplatissent, les typographies s’uniformisent, les palettes de couleurs se neutralisent. Il s’agit d’un phénomène désormais bien identifié : le blanding.

À première vue, le phénomène semble rassurant. Mais sous cette apparente sécurité se cache un risque stratégique majeur. Celui de se fondre dans le décor. La marque de luxe britannique Burberry a récemment pris la décision de procéder à un de-blanding, soit à un retour en arrière assumé.

Le blanding, c’est quoi exactement?

Le blanding est une tendance en design où les marques adoptent des codes ultra-minimalistes au point de perdre leur singularité.

  • Logos simplifiés à l’extrême
  • Typographies sans-serif génériques
  • Palettes de couleurs restreintes
  • Espaces blancs omniprésents.

Le tout pensé pour être universel, flexible et parfaitement compatible avec les environnements numériques. À la base, l’intention est souvent saine. Simplifier pour mieux fonctionner à l’écran. Clarifier pour mieux communiquer. Le problème apparaît lorsque la simplification devient une fin en soi plutôt qu’un moyen. À ce moment-là, on ne parle plus de clarté stratégique, mais d’appauvrissement identitaire. La marque ne s’exprime plus. Elle se neutralise. Elle cesse d’affirmer qui elle est pour simplement éviter de déplaire.

Pourquoi sommes-nous rendus là?

La pression du numérique

Le design d’identité est aujourd’hui largement dicté par des contraintes techniques. Lisibilité mobile. Adaptabilité aux plateformes. Cohérence dans des systèmes modulaires. Les marques doivent vivre dans des interfaces, des applications, des environnements où la flexibilité est reine. On conçoit d’abord pour le système. Ensuite pour la marque.

La peur de se tromper

Les organisations ont changé. Les processus aussi. Plus de décideurs. Plus de validations. Plus de risques perçus. Plus peur de perdre son travail. Dans ce contexte, un design neutre devient une zone de confort. Il choque moins. Il rassure plus de monde. Il passe mieux en comité.

L’effet d’imitation

Quand de grandes marques mondiales adoptent des identités minimalistes (allo Apple), elles créent un effet d’entraînement. Ce qui était autrefois une décision audacieuse devient rapidement une norme implicite. On ne veut pas être celui qui déroge. On ne veut pas être celui qui se la joue différent au mauvais moment. Peu à peu, le paysage visuel s’uniformise. Sans intention concertée. Mais avec un résultat bien réel.

Le problème n’est pas le minimalisme. C’est la perte de distinction.

Il faut être clair. Le minimalisme n’est pas le problème. Une identité simple peut être extrêmement forte. Certaines des marques les plus iconiques reposent sur peu d’éléments, mais des éléments hautement distinctifs.

Le problème commence quand on enlève ce qui distingue au lieu d’enlever ce qui encombre. Quand la simplification efface les codes propres à la marque, elle efface aussi les signaux visuels qui permettent de la reconnaître sans lire son nom. À ce stade, la marque devient interchangeable. Elle fonctionne. Mais elle ne marque plus.

Ce que la littérature démontre. Et ce que les marques oublient.

La recherche en marketing est claire sur un point fondamental. Les marques croissent quand elles sont facilement reconnaissables et mémorisables. Pas quand elles sont simplement cohérentes ou esthétiques.

Plusieurs constats reviennent de façon constante dans la littérature :

  • Les marques visuellement distinctives sont mieux reconnues, même en exposition rapide.
  • La répétition d’actifs cohérents renforce la mémorisation à long terme.
  • La différenciation visuelle facilite les associations mentales positives.
  • La reconnaissance précède la préférence. Toujours.

Quand une marque dilue ses codes visuels, elle affaiblit ces mécanismes. Elle devient plus dépendante de son nom. De son message. De son achat média. Elle doit expliquer davantage ce qu’elle est, plutôt que de le faire ressentir instantanément.

C’est exactement pour cette raison que les actifs distinctifs de marque sont si critiques. Couleurs, formes, typographies, symboles, styles visuels, personnage. Ce sont des raccourcis mentaux puissants. Les effacer, c’est rallonger inutilement le chemin vers la reconnaissance.

Quand tout le monde fait pareil, plus personne n’existe

Le grand paradoxe du blanding est là. En voulant réduire le risque, on en crée un beaucoup plus grand. Celui de l’invisibilité involontaire.

Une marque qui adopte les mêmes codes que ses concurrentes :

  • est moins reconnue lors d’expositions brèves.
  • est moins mémorisée à long terme.
  • est plus facilement substituable.
  • subit une pression accrue sur le prix.
  • dépend davantage de la répétition média pour exister.

À court terme, le design “fonctionne”. À long terme, la marque s’affaiblit. Lentement. Silencieusement. Jusqu’à ce que les résultats stagnent et que personne ne fasse le lien avec l’identité visuelle.

Peut-on éviter le piège?

Oui. Mais ça demande du courage. Éviter le blanding ne signifie pas revenir au superflu ou au décoratif. Ça demande plutôt un recentrage stratégique.

Quelques principes simples, mais exigeants :

  • Clarifier ce qui rend la marque réellement unique avant de toucher au visuel.
  • Identifier et protéger ses actifs distinctifs.
  • Accepter de ne pas plaire à tout le monde.
  • Comprendre que la reconnaissance est plus importante que l’approbation immédiate.

Le blanding n’est pas le problème. C’est le symptôme.

Si les marques dans Stranger Things nous frappent encore aujourd’hui, ce n’est pas parce qu’elles sont rétro ou extravagantes. C’est parce qu’elles ont été pensées pour être reconnues, pas pour rassurer. Elles ont assumé leurs codes, leurs couleurs, leurs excès parfois. Et surtout, elles ont survécu sans avoir besoin de s’expliquer.

Le blanding, à l’inverse, raconte autre chose de notre époque. Une peur diffuse de prendre position. Une recherche de consensus. Un confort visuel qui rassure à l’interne, mais affaiblit à l’externe. Le vrai enjeu n’est donc pas de savoir si votre marque est trop simple ou trop expressive. C’est de savoir si elle serait encore reconnaissable si on la croisait, par hasard, dans vingt ans.

Marc-André Beauchemin

Marc-André Beauchemin

Marc-André a joint Macadam à titre d’associé en 2019. Passionné, organisé et curieux comme pas un, il a su développer et peaufiner au fil du temps ses connaissances en branding. Il est d’ailleurs l’auteur de plusieurs articles liés à ce sujet sur notre blogue. Au quotidien, il dirige des mandats de communication et collabore activement au développement de l’agence.

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